Interview de :

Pierre Soulages

Artiste Peintre

 

Interview réalisée par Thierry Laffond

Banque de Stages en Entreprises pour Etudiants

 

1/ Pour un jeune artiste, quels chemins peuvent mener à la création ?


Il n’y a pas plusieurs chemins. Seul importe le chemin intérieur.

 

2/ De quelles manières un artiste actuellement vit-il ses relations avec la société ?

 

Un artiste œuvre par lui-même mais avec la conscience que ce qu’il produit vivra sous le regard des autres. Comment le rencontrer ? A l’époque de mes débuts, il fallait avoir un second métier pour pouvoir vivre et travailler librement.

On pourrait croire que, maintenant, avec tous les organismes officiels, municipaux, de région, d’état, et le goût de la nouveauté, cela soit devenu plus facile qu’à l’époque de mes débuts.

Pour un vrai artiste je ne le crois pas, tant l’opinion générale avec l’accroissement de la médiatisation et de l’intérêt pour l’art, est sous l’influence des magazines et de la mode. Ces engouements ne durent pas, j’ai beaucoup vu autour de moi de bons artistes qui par faiblesse y avaient cédé et se trouvaient rapidement abandonnés après quelques succès. Il n'y a rien de pire.

Je crois vraiment que pour un artiste sincère il y aura toujours un spectateur isolé qui le remarquera, en parlera et, de proche en proche, il sera reconnu, recherché, aimé, et trouvera alors une audience durable auprès du public.

 

3/ Comment un jeune artiste peut-il construire une démarche pérenne de sa création, de ses idées ?

En restant fidèle à soi-même, en approfondissant sans cesse ce qui lui est essentiel

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Sérigraphie 105,5x75 / 1981 de Pierre Soulages
Offerte à l’Académie de Montpellier pour être exposée au public en 2006.

 

 

 

 


Interview de :

Daniel Laurent

Président du Comité des Stages et de la Professionnalisation des Cursus Universitaires (Stapro)

Ministère du travail et Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche

 

Interview réalisée par Thierry Laffond

Banque de Stages en Entreprises pour Etudiants


1. Le lien formation-emploi comment le définissez-vous notamment en tant qu’ancien Président de l’Université de Marne la Vallée ?

 

Il s’agit de tout mettre en œuvre pour que la situation actuelle où beaucoup trop d’étudiants se retrouvent seuls face à la fois à l’université et au monde du travail, se modifie. Il convient de proposer aux étudiants un passage progressif vers le monde du travail, où le monde du travail est progressivement intégré dans les différents cursus. C’est ce que nous avons tenté de faire dès la création de l’université de Marne La Vallée en créant de nombreuses formation à finalité professionnelle, DUT bien sûr, des nouvelles formations d’ingénieurs, mais aussi des licences générales intégrant des stages en troisième année, des DESS aujourd’hui masters professionnels organisés en partenariat avec des secteurs professionnels. Une expérience intéressante couronnée de succès a été de proposer de nombreuses formations dans le cadre de l’apprentissage, aujourd’hui des licences professionnelles et des masters notamment (par exemple un master de mathématiques). Aujourd’hui ces formations représentent près de 15 % des effectifs de l’université.

 

Un point essentiel c’est de pouvoir informer les étudiants sur les performances en matière d’insertion professionnelle de telle ou telle formation. Nous avons été les premiers à Marne La Vallée à créer un tel observatoire. Aujourd’hui de nombreuses universités sont en situation d’informer les étudiants sur le devenir de leurs prédécesseurs. J’ai vu par exemple avec intérêt l’étude de l’université Paul Valéry sur les caractéristiques de l’insertion professionnelle de la promotion d’étudiants ayant obtenu un master professionnel en 2004.

 

2. Quel peut-être l’engagement du formateur, de l’enseignant référent, au côté des étudiants pour décrypter les choix professionnels possibles ? Ce conseil doit-il se mettre en place dès l’inscription ?

 

Je ne pense pas dès l’inscription. A ce stade le problème est de nature différente. Il faut que les étudiants soient clairement informés des exigences académiques de la formation vers laquelle ils souhaitent se diriger. Trop d’étudiants ne disposent pas actuellement des informations nécessaires à une bonne orientation, ce qui se traduit par un taux d’échec important et une « évaporation » parfois massive dès la première année.

 

En revanche l’offre de formation de l’université détermine les choix professionnels possibles des étudiants. C’est évident pour les licences professionnelles et les masters professionnels mais également pour les licences générales. Il est important que les équipes d’enseignants en charge de ces formations aient des relations avec les responsables des secteurs économiques, administratifs ou sociaux concernés, futurs employeurs de leurs étudiants, à travers des conseils de perfectionnement bien sûr, mais aussi par une gestion judicieuse des stages, des contrats d’apprentissage, le recours à des enseignants associés réellement « professionnel »… Une telle démarche va nécessairement s’amplifier d’autant qu’aujourd’hui l’insertion professionnelle des étudiants est l’une des missions de l’université au même titre que l’enseignement et la recherche !


3. Les diplômés qui répondent aux offres d’emploi pourront s’appuyer de plus en plus sur l’image de marque de leur université. Que conseillez-vous pour que le même diplôme passé dans des universités différentes garde une valeur à peu près identique en ayant comme variable la personnalité et les compétences du diplômé ?

 

Ce qui est vrai au niveau international l’est aussi au niveau national !

On voit émerger de véritables marques universitaires mondiales. La valeur de ces marques est liée à une histoire, à la qualité de l’enseignement et des recherches, au nombre d’étudiants diplômés chaque année, à la diversité des étudiants et à leur taux d’insertion professionnelle.

 

Il existe aujourd’hui 2500 masters professionnels et 1800 masters de recherche.

Tous ces diplômes bien que formellement identiques n’ont pas la même valeur pour les recruteurs, même pour le recrutement de la fonction publique ! Les taux de succès aux concours de la fonction publique, par exemple le CAPES avec des étudiants titulaires d’un même diplôme sont très variables d’une université à l’autre.

Les recruteurs sont nombreux à afficher leurs préférences pour certaines universités qui de leur point de vue bénéficient d’une bonne image de marque. Pour un premier entretien, à diplôme égal, ils préféreront convoquer plutôt un étudiant de telle université qu’un étudiant de telle autre !

 

De ce point de vue, la liste des 89 masters qui affichent un taux d’emploi maximal publié par votre revue « stages » dans son premier numéro est tout à fait adéquate.

Il est essentiel que les présidents d’université entourés d’une équipe prennent cette problématique à bras le corps et communiquent davantage sur leurs points forts, publient leurs résultats en matière d’activité de recherche, d’enseignement, de suivi et d’insertion professionnelle des étudiants.

 

4. Quelles valeurs faut-il garder et développer pour réussir à former, à enseigner, à insérer ces jeunes (ou moins jeunes) qui font encore confiance à l’éducation nationale ?

 

La valeur mobilisatrice à restaurer au sein de l’éducation nationale c’est l’égalité des chances, pas qu’au sein des universités mais dès l’école primaire (voire l’école maternelle). Nous sélectionnons nos élites comme si nous étions un pays de 6 millions d’habitants. Au sein des universités, de nombreux étudiants issus de milieux modestes ou des quartiers sensibles, ne sont pas « initiés » aux arcanes du système, s’engagent vers des formations par défaut. L’orientation scolaire est une véritable catastrophe. Il convient de se préoccuper de ces dizaines de milliers de jeunes qui chaque année sortent sans diplôme et sans qualification de l’université et se perdent dans la nature. Les universités doivent se préoccuper aussi de ces flux de sortie - c’est l’une de leur mission – et imaginer avec les partenaires locaux, les régions, l’AFPA des dispositifs de formation pour proposer une seconde chance à ces publics.

 

5. Vous coprésidez avec M. Roux de Bézieux le Comité STAPRO depuis un an. Quelles avancées significatives et concrètes dans le lien enseignement supérieur/entreprise vont permettre de répondre aux attentes des étudiants jeunes diplômés, et des entreprises ? Quel comportement faut-il changer ?

 

Le comité STAPRO très divers dans sa composition, rassemble les partenaires sociaux (salariés, employeurs), les organisations étudiantes et des personnalités du monde universitaire, permet de traiter au fond et sans a priori les multiples sujets liés à la professionnalisation des universités.

Les avancées les plus significatives qui ont été ou vont être reprises au niveau ministériel ou interministériel ou législatif :

 

· La mise hors la loi des stages hors cursus. Les stages pédagogiques en entreprises sont obligatoirement intégrés à un cursus.


· Sur la gratification, nous avions proposé que les stages strictement supérieurs à deux mois ouvrent droit à gratification. Le gouvernement a retenu une gratification minimale obligatoire pour les stages de plus de trois mois consécutifs (gratification mensuelle à 31,1 % du SMIC). Nous reviendrons à la charge…


· La charte des stages signée par les présidents ou directeurs d’établissements d’enseignement supérieur et de façon symétrique par les institutions d’accueil vaut engagement d’en respecter toutes les clauses y compris pour les administrations publiques.


· Les licences générales (hors apprentissage) offrent la possibilité aux étudiants de bénéficier d’un stage dans leur parcours de licence, de préférence en L3. Ce stage est alors validé en crédit ECTS comme d’autres options.


· Actuellement nous travaillons sur des propositions concrètes visant à développer considérablement l’alternance (contrats de professionnalisation et apprentissage) qui est l’un des moyens les plus performants pour favoriser l’insertion professionnelle des étudiants. En particulier un objectif pourrait être d’atteindre 100.000 étudiants alternants au niveau licence, master à un horizon de 4-5 ans.

 

Le changement des comportements est en cours et la création prévue par la loi des bureaux de la professionnalisation et des stages au sein des établissements devrait amplifier cette évolution.

 

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